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La Louve, le supermarché coopératif du 18ème: le bio pour les bobos, les restes pour les prolos ?

Date de publication: 
Lundi, 26 Janvier, 2015
Par: 
Reçu par email

Avant-proposLe collectif Aldeah a reçu ce texte par courrier électronique. Certains le trouveront probablement incomplet, mais il pose néanmoins des questions légitimes qui nous paraissent valoir la peine d'être débattues. Si vous souhaitez y répondre, merci de nous contacter : http://www.aldeah.org/fr/contact

 

Habitant du 18ème arrondissement, j'ai appris qu'un supermarché se revendiquant coopératif appelé La Louve est en train de voir le jour dans le quartier.

Si de prime abord La Louve encourage l'autogestion ainsi que les préoccupations socio-environnementales, une brève analyse de son modèle d'inspiration et soutien, le Park Slope Food Coop (PSFC) à New York, suffit à déceler sa patte néolibérale. D'abord, l'envergure du PSFC (1000 m2, 16 000 membres) interroge sur sa «gouvernance», articulée autour d'un CA élu pour 3 ans par les membres. Mais «[l]es new­yorkais, tout comme les Parisiens, sont très occupés» et les électeurs tournent, de l'aveu même des promoteurs, «autour de 100 (soit 0.6% des membres)»: une minorité décide donc pour une majorité.

Quant aux objectifs du PSFC, ils ont à première vue de quoi séduire: «soutenir les meilleurs produits et les meilleures pratiques en ce qui concerne la santé, la sécurité et la conservation des humains, des animaux et de la biosphère en général», tout en restant accessible à des personnes «d’origines très différentes, ayant des nécessités et des situations financières très variables».
 
Toutefois, afin d'atteindre cette mixité sociale et d'«offrir à ses membres une gamme de produit ‘complète’», le PSFC concilie l'inconciliable: dans ce supermarché, les «produits bios et locaux sont préférés» mais «on a souvent le choix entre un produit bio et un produit conventionnel», y compris des OGM, sauf «si un équivalent non­OGM peut se trouver au même prix». Autrement dit: du bio pour les bobos, les restes pour les prolos ?

Si La Louve est une version du PSFC adaptée au contexte français, elle conserve la même philosophie pragmatique néolibérale qui légitime la vente de produits issus de la filière agro-industrielle «conventionnelle» par la noble volonté de «rendre la coopérative accessible à tous».

Je souhaite donc interpeller les habitants du 18ème, pour que La Louve ne fasse aucun compromis sur la santé des plus pauvres en acceptant de leur vendre des produits non­bio. En parallèle, une réflexion doit être menée quant au devenir des AMAP, dont je suis membre. Véritables solutions accessibles à tous, elles sont aujourd'hui fragilisées et risquent d'être ingérées par des gloutons, comme La Louve ou «La ruche qui dit oui», qui singent leurs principes mais en retirent l'essence militante. N'y a­t­il pas en effet un risque que les paysans en AMAP se laissent séduire par ces prédateurs, qui pourraient bien leur paraître plus attrayants car économiquement plus sécurisants ?



Un agneau sans berger


Pour en savoir plus :

Occupation Forage Jouarre (77) lun, 30/09/2013 - 21:32 — J.D.

Sources et ressources

Industrie minière

Quelques liens utiles pour en savoir plus sur les enjeux et les impacts de l’industrie minière : un début de recensement de sources documentaires (articles, sites Internet, etc.) en français.

Sur ALDEAH

Brochures et Dossiers

Pièce de théâtre : Gratter les fonds

Gratter les fonds, pièce de théâtre par Julien Dupoux.

Personnages
Emmie : habitante
Franck : travailleur de l’industrie minière
Daniel : habitant
L’ordre : policier
Deus Mortum

Campagnes & Actions

Assassinat de José Tendetza, opposant à l'industrie minière à grande échelle en Équateur

Date de publication: 
Mercredi, 10 Décembre, 2014
Par: 
Collectif ALDEAH

Le mercredi 3 décembrJosé TendetzaJosé Tendetzae 2014, José Tendetza, dirigeant de la communauté Shuar de Yanua (Canton du Pangui, Province de Zamora, Equateur) et farouche opposant à l’industrie minière à grande échelle, a été retrouvé mort sur le bord du fleuve Zamora. Alors que José avait été porté disparu depuis cinq jours, la police s'est empressée d'enterrer le corps qui leur aurait été remis par les employés de la mine de Mirador (en cours d’exploration par l’entreprise ECSA), et cela sans aucune autopsie. Pour reconnaître le corps, les membres de la famille n’ont eu droit qu’à une photographie du défunt sur laquelle il semblait être ligoté par des liens de couleur bleue.

Le leader indigène, qui refusait de se faire exproprier de ses terres, avait été attaqué en justice en novembre 2013 par l'entreprise minière ECSA (Ecuacorriente SA), détenue par les sociétés chinoises Tongling et China Railways, et avait fait l'objet de nombreuses menaces. Au moment de sa disparition, il se rendait à une réunion de l'Association des Shuars de Bomboiza pour traiter des problèmes liés aux activités de l'entreprise minière dans la région.

Si les auteurs et les commanditaires du crime restent, jusqu'à ce jour, inconnus, compte tenu du nombre d’assassinats de leaders, de militants, de syndicalistes et de paysans en Amérique Latine, la crainte est forte que la mort de José Tendetza soit en relation avec ses activités militantes. Cherchait-on à l’empêcher de parvenir jusqu'au lieu de la réunion, puis de voyager au Pérou (Lima) pour y dénoncer les méfaits de l'exploitation minière à l’occasion du Tribunal International des Droits de la Nature, comme il avait l’intention de le faire? Cet assassinat est-il lié à l'expansion du front extractif dans la Cordillère du Condor (Amazonie équatorienne) ?
Si cela s’avérait être le cas, alors José Tendetza viendrait ajouter son nom à la longue liste d’assassinats d’opposants à l’extractivisme sous toutes ses formes : en novembre 2013, Freddy Taish, Shuar de la communauté de San José de Piunts est abattu par l'armée en Equateur ; au Nord du Pérou (Cajamarca) ; la répression de la lutte contre le projet minier Conga a déjà fait plus de cinq morts, en 2005, 32 personnes ont été torturées par des employés (vigiles) de l'entreprise minière Monterrico Metals, à Ayabaca (Province de Piura) ; au Mexique et en Colombie, les morts sont tellement nombreux que plus personne ne parvient à tenir à jour la liste macabre. Selon un rapport publié par l’ONG Global Witness, au moins 908 « défenseurs de la terre et de l’environnement » ont été tués entre 2002 et 2013 dans le monde, dont au moins 760 en Amérique latine, sachant que ce décompte ne comptabilise que les cas les plus connus. En France, le 26 octobre dernier, Rémi Fraisse a été tué par une grenade lancée par un gendarme alors qu'il protestait contre la construction d’un barrage à Sivens (Tarn), projet tout aussi « inutile » (sauf pour ceux à qui il rapporte) et dévastateur que les mines dans la Cordillère du Condor.

Ici et là-bas, la machine capitalo-extractiviste broie les territoires et tue leurs habitants.

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