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France: Bientôt des puits de pétrole au large de Marseille ?

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Source de l'article de presse
Auteur de l'article de presse: 
Hervé VAUDOIT
Date de publication: 
Vendredi, 16 Décembre, 2011

Ceux qui ont vécu le premier choc pétrolier se souviennent sans doute de ce slogan-choc inventé par l'État pour inciter nos concitoyens à l'économie : "En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées". Trente-cinq ans plus tard, on pourrait presque renverser l'ordre des propositions : "En France, on n'a plus beaucoup d'idées, mais on a - un peu - de pétrole". D'abord en Guyane, où le gouvernement vient d'autoriser l'exploitation d'un gisement d'une capacité estimée à au moins 1 milliard de barils. Ensuite en Méditerranée, où deux sociétés spécialisées, l'Anglaise Melrose Mediterranean Limited (MML) et l'Américaine Noble Energy, envisagent de forer un puits d'exploration à moins de 30 km au sud de nos côtes. 

C'est en tout cas ce que MML a demandé à Éric Besson, ministre de l'Industrie, et à Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Écologie, co-responsables de la délivrance des permis et autorisations en matière pétrolière. Dans le dossier déposé en juillet 2010 - et toujours à l'instruction -, MML se montre assez optimiste. Assurant que "tous les éléments nécessaires à un système pétrolifère actif sont potentiellement présents" sur le périmètre qu'elle explore depuis bientôt 10 ans, la société britannique "sollicite une prolongation du permis pour une durée supplémentaire de 5 ans", indiquant que dans l'hypothèse où ses investigations "indiqueraient une implantation de forage techniquement et commercialement viable, un puits d'exploration serait foré", pour un coût "aux alentours de 35 millions de dollars US". A ce prix-là, on se doute que MML n'a pas l'intention de creuser pour la seule beauté du geste. D'où les craintes des associations écologistes, convaincues que le gouvernement autorisera tôt ou tard les plateformes d'extraction en Méditerranée. Jusque là, rien ne permet de leur donner tort.

Récapitulons : en novembre 2002, un "permis exclusif de recherche d'hydrocarbures liquides ou gazeux" baptisé Rhône Maritime est accordé pour 3 ans à la société TGS-Nopec. En juillet 2005, quelques semaines avant l'échéance, TGS-Nopec sollicite le transfert de ce permis à la société Melrose Mediterranean Limited et sa prolongation pour 5 années supplémentaires, sur un périmètre réduit de moitié - 12 500 km² au lieu des 25 000 accordés en 2002. Le ministre de l'Industrie, à l'époque Thierry Breton, finit par accorder à la fois le transfert et la prolongation en octobre 2006, soit plus d'un an après l'expiration du permis initial. Cette nouvelle autorisation courait jusqu'au 19 novembre 2010. Quatre mois plus tôt, MML a donc réclamé une nouvelle prolongation de 5 ans aux deux ministres concernés, sans obtenir de réponse officielle. Ce qui ne l'a guère empêchée de lancer, entre novembre 2010 et février 2011, une vaste et coûteuse étude sismo-géologique de la zone, puis de réclamer, en mars 2011, la mutation partielle du futur permis au bénéfice de la société texane Noble Energy France, avec qui elle venait de conclure une convention de partenariat. Si le permis est délivré, Noble Energy en détiendra 72,5% des droits.

Pour l'heure, aussi bien Éric Besson que Nathalie Kosciusko-Morizet restent silencieux. Contactés et relancés à plusieurs reprises, leurs services n'ont toujours pas donné suite à nos demandes d'information. Seule manifestation récente de leur part : une demande du bureau de l'exploration et de la production des hydrocarbures (BEPH) du ministère de l'Écologie, qui s'inquiétait en juillet dernier des méthodes utilisées par MML pour ses forages d'exploration. En clair, le ministère souhaitait vérifier que la technique de la fracturation hydraulique, révélée par le débat sur l'exploitation controversée des gaz de schiste, ne faisait pas partie de la panoplie habituelle de MML. Depuis ce courrier, silence radio. Même la question écrite du député-maire (PS ) d'Ajaccio, Simon Renucci à Nathalie Kosciusko-Morizet est restée sans réponse. "Je l'ai déposée le 25 octobre, confirme-t-il. Je vais donc relancer la ministre par courrier pourqu'elle me réponde." Peut-être après la présidentielle.

 

Note : La zone où ont été mises en évidence des formations géologiques prometteuses sur le plan pétrolifère s'étend sur des fonds compris entre 1 600 et 2 600 m, des profondeurs que les compagnies pétrolières atteignent désormais couramment - les puits les plus profonds sont actuellement situés à environ -3 000 m. Le puits Macondo, qui a fui pendant 5 mois courant 2010 dans la golfe du Mexique, était à 1 500 m de fond

 

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