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Crise du capitalisme, recolonisation et alternatives populaires

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IIRSAIIRSAPar: Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora, Asociación Campesina del Valle del río Cimitarra, Prensa De Frente

Nous vivons une époque où les antagonismes sont terriblement tragiques. Le développement capitaliste oblige le monde à produire un ensemble de marchandises qui subviennent aux besoins de seulement une portion minime de la population mondiale, ce qui, néanmoins, implique la détérioration accélérée et apocalyptique de la terre, ayant pour conséquence logique la mise en danger de l'ensemble de l'humanité. Cette façon d'organiser la vie comporte, en outre, comme élément constitutif intrinsèque, la tragédie des peuples entiers à travers les guerres d'occupation et le pillage.

Nous entendons le capitalisme comme le résultat d'une forme spécifique de concevoir et de penser le monde; une forme qui ne nous est ni propre, ni inhérente. Ce que nous connaissons comme « le capitalisme » a été engendré par la logique occidentale, la civilisation occidentale et ses manières d'appréhender la vie et les savoirs. Le capitalisme est un produit historique concret et non une fatalité de l'histoire.

Aujourd'hui, le capitalisme est entré dans une crise sans précédent. Et puisqu'il a su globaliser un mode déterminé d'organisation économique en créant de grands marchés articulés de manière injuste et inégale, la crise s'est répandue à l'échelle mondiale. Le capitalisme, cependant, a aussi démontré d'avoir une formidable capacité de mutation, et rien ne peut nous laisser penser que ce système va s'effondrer à cause de ses propres contradictions.  

Ce n'est pas à cause de la crise que le capitalisme mondial va cesser d'opprimer les populations de la planète, bien au contraire. Cela l'a conduit à chercher de nouveaux marchés, à contrôler les ressources naturelles et énergétiques stratégiques comme l'eau, l'Amazonie et la biodiversité. Cela implique d'écraser les communautés, les cultures et les modes de pensée qui ne sont pas en accord avec son modèle exclusif et déprédateur. Cela implique aussi la construction d'une infrastructure pour transporter ses produits, ce qui ne pourrait se réaliser qu'en déployant en même temps un plan politique et militaire visant à écraser les résistances à ces plans de contrôle. La mise en œuvre silencieuse de l'IIRSA (l'Initiative pour l'Intégration de l'Infrastructure régionale en Amérique du Sud) accompagnée d'un vaste réseau de bases militaires positionnées stratégiquement sur tout le continent en est l'expression.

Le développement de ce plan de domination est impulsé par la technocratie et la bourgeoisie locale, principalement brésiliennes, qui ont imposé à leurs gouvernements les programmes de construction des mégaprojets, sans débat ni participation de la société. Derrière le soi-disant développement que ces mégaprojets sont censés apporter, se cache une nouvelle conception du territoire en fonction des intérêts des corporations impliquées.

L'intégration projetée par l'IIRSA consiste en une série de mégaprojets à haut risque qui aboutiront à augmenter l'endettement et à accélérer l'altération des paysages et des modes de vie dans la région. Dans le cadre conceptuel de l'IIRSA, les forêts, les fleuves, les marécages, et même les montagnes, sont considérés comme des barrières au développement économique, et les voies de communication sont mises au service de l'extraction des ressources naturelles. Le peuple, l'industrie et les gouvernements, on le suppose, en seront les bénéficiaires.

Cette initiative est coordonnée par 12 gouvernements Sud-Américains, avec l'appui technique et financier, entre autres banques de développement, de la banque Interaméricaine de Développement (BID), la Corporación Andina de Fomento (CAF) et le Fond Financier pour le Développement du Bassin de la Plata (FONPLATA), et consiste à :

  • Développer 10 axes d'intégration économique (transport, énergie et télécommunications) qui traversent le continent et qui requièrent des investissements importants.
  • 7 processus d'intégration sectorielle, élaborés pour harmoniser les cadres réglementaires entre les pays.

Jusqu'à présent, plus de 40 mégaprojets et des centaines de projets mineurs d'amélioration de l'infrastructure ont été retenus, pour un coût total de plus de 37 milliards de dollars.

Ces dernières années, ce programme est venu s'incorporer dangereusement aux politiques d'intégration encouragées par les gouvernements populaires du continent. Heureusement, également dans les pays amérindiens, sont en train de se développer des exemples concrets de résistance et d'opposition à ces plans du capital qui viennent modifier la corrélation des forces dans la région pour construire l'intégration à partir d'une autre hégémonie.

C'est pour cela que nous considérons essentiel une analyse approfondie et un débat ouvert entre les mouvements sociaux et les intellectuels engagés, afin de mieux appréhender l'ampleur de la crise globale actuelle et les mécanismes concrets de recolonisation conçus pour le continent par le capitalisme (plans, militarisation et mégaprojets), tout en nous évaluant et en nous reconnaissant comme acteurs sociaux qui résistons, luttons et créons une alternative culturelle, politique, économique et sociale commune pour la construction d'un monde qui ne soit pas condamné à l' extinction. D'un monde, dans lequel les capacités créatrices du peuple ne seront pas transformées en marchandises. En définitive, pour articuler et renforcer nos luttes dans une perspective continentale.

Traduction : Claudine I. (comité de Paris de France Amérique latine)

 

 

Voir  : SEMINAIRE INTERNATIONAL: CRISE DU CAPITALISME, RECOLONIZATION ET ALTERNATIVES POPULAIRES. La Paz - Bolivie 1, 2 et 3 juillet 2009

 

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