« Entre 1980 et 1995, le volume des exportations de l'Amérique latine a augmenté de 245%. Entre 1985 et 1996 ont été extraits et envoyés à l'extérieur 2706 millions de tonnes de produits de base, pour la majorité non renouvelables [...], 88% correspondant à des minerais et du pétrole. [...] Entre 1982 et 1996, en 14 ans, l'Amérique latine a payé 739,9 milliards de dollars de dette, soit plus du double de ce qu'elle devait en 1982 [...] et malgré cela, elle devait toujours 607,2 milliards » [1]
Sur le sous-continent, le surendettement et les programmes d'ajustement structurel, imposés dans le cadre de la renégociation de la dette, sont en grande partie responsables de l'adoption du modèle de « développement » par les exportations et de la surexploitation des ressources naturelles qui en découle. Cet article revient sur les grandes lignes de ce processus.
Mis à part les élites dirigeantes complices, trois types d'acteurs sont à l'origine de l'endettement massif des pays d'Amérique latine qui aboutit à la quatrième crise de la dette (1982 à nos jours) [2] : les banques privées (partie privée de la dette), les Etats du Nord (partie bilatérale) et la Banque mondiale (partie multilatérale) [3].
Dire que les entreprises forestières plantent des forêts est un mensonge. Loin d'héberger des écosystèmes complexes qui caractérisent toute forêt « native », et à plus forte raison encore les forêts tropicales humides, les grandes plantations forestières, formées de rangées interminables de pin ou d'eucalyptus, n'abritent aucune faune ni flore à part eux-mêmes. Elles sont une culture extensive parmi tant d'autres, « récoltée » tous les 5 ou 6 ans.
Face à l'épuisement des « ressources forestières » et la réglementation écologiste contraignante dans les pays du Nord, les entreprises de production de bois et de papier délocalisent leur « désert vert » dans les pays du Sud, où toutes les conditions sont mises en place pour favoriser leur installation. Au Chili, 75% de l'investissement initial réalisé par une entreprise pour une plantation lui sont reversés sous forme de subventions. Ces subventions sont de l'ordre de 50% dans les pays comme l'Uruguay, le Paraguay ou l'Argentine, où les entreprises forestières ne sont pas soumises à l'impôt.
Cette logique, visant à attirer des investissements étrangers et à promouvoir les produits d'exportation, ne tient pas compte des conséquences à moyen et long terme de la monoculture extensive d'espèces non natives (majoritairement pin, eucalyptus et acacia). Mise en place selon le modèle de la révolution verte sur des terres auparavant agricoles ou de forêts natives, celle-ci détruit les écosystèmes locaux, assèche les nappes phréatiques et provoque l'érosion des sols, sans même évoquer les pollutions provoquées par l'utilisation de produits chimiques.
Le 25 janvier dernier, le Ministère des Mines et de Pétrole de l'Equateur a annulé 587 concessions appartenant à des sociétés minières, pour cause de défaut de paiement des droits annuels de conservation (1 à 16$ par héctare). 536.387,58 hectares sont ainsi repris par l'Etat. Parmi les concessions annulées, deux faisaient partie du projet minier de Junin (Intag) d'Ascendant Copper Corporation, l'origine d'un conflit qui opposait l'entreprise à la population depuis 2002.
Deux jours plus tard, le Ministère des Mines officialisait la décision de poursuivre la révision des concessions minières, portant désormais sur l'ensemble de concessions octroyées par le pays (4112). Sont ainsi menacées d'annulation toutes les concessions en phase d'exploration qui n'auraient réalisé aucun investissement en date du 31 décembre 2007, celles qui n'auraient pas payé les droits de conservation ou encore celles qui se trouvent dans des zones protégées. Cette mesure du gouvernement est un premier pas dans la révision de la législation minière, ayant pour objectif d'accroitre le contrôle de l'Etat sur le secteur.
Le 16 septembre 2007, environ 18 000 paysans participent au référendum régional portant sur le projet d’exploitation d’une mine de cuivre à ciel ouvert par l’entreprise minière britannique Majaz. La population rejette le projet minier à 90% de voix. Le référendum a été organisé par les municipalités des districts de Carmen de la Frontera, Ayabaca et Pacaipampa, situés dans la zone agricole de la région de Piura, près de la frontière avec l’Equateur.
En mai 2003 s’ouvre en Equateur le « procès environnemental du siècle » contre la compagnie pétrolière étatsunienne Chevron-Texaco.
Une douzaine de communautés souffrent jusqu’à ce jour des conséquences de la pollution générée par les activités de la compagnie pétrolière dans la forêt amazonienne. En 28 ans de présence, Texaco a contaminé une vaste zone du territoire national, rejetant des déchets toxiques et des « eaux de formation » (eaux utilisées dans le processus d’exploitation pétrolière) dans les estuaires et les fleuves utilisés par plus de 30 000 personnes comme source d’eau potable, d’irrigation et de pêche. La pollution très importante des eaux et des sols a des conséquences catastrophiques pour la santé des populations de la zone, où les taux enregistrés de cancers, leucémies, problèmes digestifs et respiratoires sont sensiblement supérieurs à ceux du reste du pays. De nombreuses personnes ont dû abandonner leurs terres et ceux qui restent n’ont d’autre choix que de consommer une eau au goût de pétrole et de cultiver des terres empoisonnées.
L’exploitation du pétrole marque profondément les territoires où elle a lieu. Voici une liste non-exhaustive de ses impacts possibles pour l'environnement et les hommes.
Comme partout en Amérique latine, les années 1990 ont été placées pour le Pérou sous le signe des politiques de libéralisation et de privatisation ayant pour but d’attirer les investissements étrangers. L’industrie minière est alors considérée comme un des principaux instruments du développement économique du pays.
En 1999, l’entreprise minière canadienne Manhattan Minerals Corporation obtient les droits d’exploitation pour des concessions d’or dans le district de Tambogrande (département de Piura), dans le nord du pays. La population de cette zone (70 000 habitants, environ 60 000 hectares) l’a transformée, depuis les années 1950, en un oasis au milieu du désert côtier péruvien. Aujourd’hui, elle vit principalement de l’agriculture et ne compte pas abandonner ses terres et d’accepter la destruction de son milieu de vie.
Esquel (Chubut) est une ville de la Patagonie argentine menacée par la construction d’une mine d’or à sa proximité immédiate (6 km). En mars 2003, la population de Esquel se pronnonce à 81% contre le projet minier, porté par l’entreprise transnationale Meridian Gold.
La zone d’Intag (environ 1680 km²) correspond à deux-tiers du canton Cotacachi, lui-même appartenant à la province d’Imbabura, située dans le nord-ouest de l’Equateur. Cette région, un réservoir de biodiversité unique au monde est également riche en cuivre. Depuis le milieu des années 1990, pour préserver leur terre et pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir, les habitants d’Intag font front aux compagnies minières étrangères. L’exploration minière est dans un premier temps conduite par une filiale de Mitsubishi (Bishi Metals). En 1997, la résistance de la population pousse les Japonais à abandonner leur projet, mais dès 2004 l’entreprise canadienne Ascendant Copper Corporation rachète les concessions.
Combien « coûte » vraiment une alliance ou un bijou en or ? L’industrie extractive aurifère contamine l’eau potable, nuit à la santé des mineurs et des personnes vivant près des zones d’exploitation et cause de graves dégâts à l’environnement. Comme toutes les industries extractives, elle est aussi source d'importants conflits sociaux, résultats de déplacements de populations et d’expropriation de terres.