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Croissance: on arrête tout, on réfléchit!

Entre 1970 et 1973, le dessinateur Gébé imagine à quoi ressemblerait « l’an 01 », le monde d’après la révolution. Son récit utopiste prend la forme d’un feuilleton dans Charlie Hebdo puis d’un film, en collaboration avec Hara-Kiri, Jacques Doillon, Alain Resnais, Jean Rouch, Gérard Depardieu et Miou-Miou. Le sous-titre de cette œuvre délicieusement subversive annonce : « On arrête tout. On réfléchit. Et c’est pas triste. »

Quarante ans plus tard, le slogan pourrait servir d’étendard aux mouvements, réseaux et collectifs qui se réclament de la décroissance. Ils gagnent en audience alors que le Produit intérieur brut (PIB) piétine en Europe et devient étale en France. Mardi s’ouvre à Leipzig une conférence internationale sur la décroissance qui résume ainsi son état d’esprit : « Votre récession n’est pas notre décroissance ». Fin août, 2 500 personnes s’y étaient inscrites.

« C’est beaucoup plus que les précédentes éditions, il n’y a jamais eu autant de monde », constate André Reichel, chercheur en durabilité et militant de la décroissance. Pendant toute la semaine, activistes des « villes en transition », de la permaculture, de l’agriculture urbaine, des ateliers de réparation, de la justice climatique, acteurs de l’économie sociale et solidaire, animateurs de coopératives, et curieux vont s’y rencontrer. Les ateliers et débats portent sur la façon d’organiser la société, construire une économie sociale et écologique, ou vivre la convivialité.

L’événement est européen mais attire aussi des fondations américaines qui apportent leur soutien financier à ces mouvements sociaux d’un nouveau type. À l’image de l’Edge funders Alliance, dont le directeur, Mark Randazzo explique que s’il vient à Leipzig, c’est parce que « dans la mesure où nous comprenons que les crises sociale, économique et écologique sont liées les unes aux autres et qu’elles révèlent une crise plus profonde du système, la philanthropie progressiste ne doit pas seulement s’intéresser aux symptômes mais aussi aux racines du problème ». Et ses antidotes : la « nouvelle économie », collaborative, non marchande et « post-croissance ».

Ces monnaies locales qui titillent l'euro sur leur territoire

L'Eusko au Pays Basque, le Sol Violette à Toulouse, la Mesure à Roman... les monnaies locales se multiplient dans le sud de la France depuis quelques années. La plupart du temps, l'objectif est de dynamiser le tissu économique local, mais elles peuvent également être pensées pour promouvoir la culture locale, comme le fait l'eusko pour la langue basque.

"Cela vous fera dix euskos s'il vous plaît !" Voilà ce que commencent à prononcer depuis le 31 janvier certains petits commerçants basques, au moment de passer en caisse. L'eusko - prononcé "euchko" - est la nouvelle monnaie locale du Pays Basque. Non, les basques n'ont pas obtenu leur indépendance, il s'agit juste d'une monnaie complémentaire qui circule en parallèle de l'euro. L'objectif d'Euskal Moneta, l'association à l'origine de ce projet, réside en la relocalisation de l'économie et à une dynamisation des échanges commerciaux locaux. La monnaie se décline en billets de 1, 2, 5,10 et 20 euskos, et pour éviter les conversions alambiquées, un eusko vaut un euro. Les commerçants peuvent rendre la monnaie en euros.
L'eusko est valable uniquement entre adhérents de l'association et points de vente habilités. "Tous les commerces peuvent faire partie du réseau à l'exception des acteurs de la grande distribution et de l'agriculture industrielle hors-sol. Notre but est de soutenir les petits commerçants et les paysans locaux" explique Dante Edne-Sanjurjo, l'un des membres du comité de pilotage de l'association Euskal Moneta