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Deuda externa y sobreexplotacion de los recursos naturales en America latina (frances)

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« Entre 1980 et 1995, le volume des exportations de l'Amérique latine a augmenté de 245%. Entre 1985 et 1996 ont été extraits et envoyés à l'extérieur 2706 millions de tonnes de produits de base, pour la majorité non renouvelables [...], 88% correspondant à des minerais et du pétrole. [...] Entre 1982 et 1996, en 14 ans, l'Amérique latine a payé 739,9 milliards de dollars de dette, soit plus du double de ce qu'elle devait en 1982 [...] et malgré cela, elle devait toujours 607,2 milliards » [1] 

Sur le sous-continent, le surendettement et les programmes d'ajustement structurel, imposés dans le cadre de la renégociation de la dette, sont en grande partie responsables de l'adoption du modèle de « développement » par les exportations et de la surexploitation des ressources naturelles qui en découle. Cet article revient sur les grandes lignes de ce processus.
Mis à part les élites dirigeantes complices, trois types d'acteurs sont à l'origine de l'endettement massif des pays d'Amérique latine qui aboutit à la quatrième crise de la dette (1982 à nos jours) [2] : les banques privées (partie privée de la dette), les Etats du Nord (partie bilatérale) et la Banque mondiale (partie multilatérale) [3]

Dollars en abondance

Dès les années 1960, les banques occidentales qui, suite au plan Marshall et l'investissement massif des Etats-Unis dans l'économie européenne [4], accumulent de grandes quantités d'«eurodollars », cherchent à inciter les pays en développement à emprunter. La fin de la convertibilité du dollar en or (1971) amène rapidement de nouvelles liquidités et de nouvelles offres de prêts. Enfin, l'augmentation du prix de pétrole dans les années 1970 (suite aux « chocs » pétroliers de 1973 et de 1978) conduit les pays exportateurs, engrangeant des bénéfices considérables, à réaliser des dépôts massifs dans des banques des pays industrialisés. Toujours à la recherche d'investissements pour ces nouvelles sommes d'argent disponible (appelées « pétrodollars »), ces dernières offrent aux pays en développement, dont ceux d'Amérique latine, des crédits à des taux très bas (entre 3 et 5%).

De nombreux crédits sont alors contractés par des entreprises et banques latino-américaines (ou filiales des sociétés occidentales) privées. Par des tours de passe-passe, la plupart de ces dettes privées seront « étatisées » dans les années 1980-1990 [5] et font aujourd'hui partie de la dette publique.

Les Etats du Nord cherchent pour leur part des débouchés à leurs exportations, ralenties par les chocs pétroliers, et octroient aux pays en développement des prêts conditionnés à l'achat de produits du Nord et des «crédits d'exportations » (subventions pour les multinationales occidentales opérant à l'étranger) [6].

Enfin, les Etats-Unis vont chercher, par l'intermédiaire de la Banque mondiale [7], à contrecarrer l'influence soviétique en accordant des prêts à leurs alliés stratégiques [8]. Sur le sous-continent, la majorité des pays est alors dirigée par des dictatures.

Les crédits pleuvent. Entre 1970 et 1980, la dette de l'Amérique latine a augmenté de 27 milliards à 231 000 milliards de dollars, ce qui impliquait le paiement de 18 milliards de dollars d'intérêts [9]. Afin de générer les devises nécessaires au remboursement, les pays emprunteurs donnent la priorité à la modernisation des filières d'extraction des ressources naturelles (minerais, pétrole, gaz, etc.) et de l'agriculture de rente (café, cacao, arachide, sucre, etc.). Tant que les taux sont bas, la dette contractée reste soutenable.

Consensus de Washington

En 1979, pour lutter contre l'inflation et faire sortir les Etats-Unis de la crise économique, la Réserve Fédérale américaine relève les taux d'intérêt dans le but d'attirer les capitaux. Les autres pays occidentaux s'alignent, et les taux d'intérêt des prêts accordés aux pays en développement, en grande majorité variables, augmentent également, en atteignant 16 à 18% [10]. Dans les années 1980, les balances des paiements des pays les moins industrialisés, qui doivent en même temps faire face à la baisse des cours des matières premières et des produits agricoles [11], se déséquilibrent rapidement, ces pays nécessitant de nouveaux crédits pour honorer le service de la dette. Le point culminant de la crise sera atteint en 1982, lorsque le Mexique d'abord, suivi par d'autres pays, déclare l'impossibilité de continuer les remboursements.

Les pays endettés cherchent alors à renégocier la dette avec leurs créanciers, afin de rééchelonner les remboursements dans le temps, mais aussi d'obtenir de nouveaux crédits pour pouvoir continuer à rembourser. La principale condition exigée par les banques privées, regroupés au sein du club de Londres, et par les Etats du Nord (Club de Paris) sera l'établissement d'un accord entre le pays endetté et le Fonds Monétaire International (FMI). Le pays endetté est alors dans l'obligation de se soumettre à des programmes d'ajustement structurel (PAS) devant permettre de rééquilibrer sa balance de paiements. A leur tour, le FMI et la Banque Mondiale conditionnent leur aide financière par l'adoption de ces programmes.

Ainsi, à partir des années 1980, les pays d'Amérique latine deviennent le terrain d'expérimentation privilégié des politiques néolibérales qui recevront plus tard le nom de « consensus de Washington » [12]. Œuvrant au développement d'un marché de plus en plus globalisé, elles y seront appliquées avec beaucoup plus de zèle que dans les pays riches de l'OCDE, où l'intervention de l'Etat n'est pas complètement proscrite, et peut continuer à défendre certains secteurs économiques menacés par la concurrence, à l'instar du secteur agricole.

A partir de 1982, les systèmes économiques locaux vont connaître un revirement radical. En effet, après la dépression des années 1930 les pays latino-américains avaient pris de la distance avec le marché international et ont mis en place des politiques industrielles, basées sur le principe de substitution aux importations, l'orientation vers le marché intérieur et l'interventionnisme de l'Etat. Les politiques promues par les institutions financières internationales (IFI) vont accomplir leur « réinsertion » par l'ouverture unilatérale des marchés, la course à la privatisation des entreprises publiques, la déréglementation et la libéralisation des activités économiques et une profonde réforme de l'Etat [13].

« Stabilisation » et « ajustement structurel »

Sans prendre en compte les contextes locaux, les programmes d'ajustement appliquent une recette unique de prétendue validité universelle, composée de politiques de « stabilisation » et de politiques «structurelles ».

Les mesures de « stabilisation » agissent sur la demande, en corrigeant le déficit des dépenses publiques jugé excessif. Le retour à « l'équilibre » est dès lors obtenu par une politique de réduction de la demande (qui « ajuste » la consommation interne à la capacité de production du pays). Sont ainsi abandonnées les subventions aux produits et services de première nécessité, et les budgets sociaux « non-productifs » (santé, éducation) sont diminués de façon drastique.

Les mesures « structurelles » cherchent à adapter les conditions de l'offre de l'économie, en favorisant le « libre jeu du marché » et en laissant l'initiative privée s'assigner les ressources qui lui offrent les meilleures perspectives de bénéfices. Il s'agit de libéraliser l'économie, l'ouvrir à l'extérieur et diminuer la pression du secteur public, tout en « modernisant » le système financier (abandon du contrôle des mouvements des capitaux et suppression du contrôle des changes).

L'aggravation des inégalités, la dégradation des conditions de vie des plus vulnérables et la détérioration de l'accès à l'éducation et la santé sont alors considérées comme des sacrifices inévitables sur l'autel de la stabilité future : elles doivent, théoriquement, être récompensées à terme par une croissance plus forte et une économie plus « saine ».

Mais au-delà de l'hypothétique avenir meilleur, les programmes d'ajustement structurel cherchent avant tout à générer des excédents de devises nécessaires pour continuer à honorer le service de la dette : la politique de contraction de la demande contribue à réduire les importations et la réorientation de la production vers les exportations (des matières premières et produits agricoles) vise à obtenir une balance commerciale excédentaire.

L'application des PAS s'accompagne des négociations portant sur les plans « d'échange » de la dette qui accélèrent d'autant les privatisations des industries nationales, souvent vendues pour une bouchée de pain avec la complicité des dirigeants locaux corrompus [14].

Ré-primarisation des économies et surexploitation des ressources

Alors que les privatisations massives soustraient aux Etats le contrôle des secteurs industriels stratégiques, les besoins en devises et les mesures mises en place sous l'impulsion des IFI orientent les économies locales vers l'intensification des exportations de produits de base. La majorité des pays latino-américains connaissent alors une forte tendance à la « ré-primarisation » [15] de leurs économies, et même ceux qui, à l'instar du Chili ou du Brésil [16], ont su garder ou développer une structure industrielle solide, continuent à dépendre fortement des exportations issues du secteur primaire [17].

S'exportent ainsi, en quantités croissantes, pétrole (Mexique, Venezuela, Equateur), gaz (Bolivie), charbon (Colombie), minerais (Pérou, Chili, Bolivie), ressources marines (Pérou), produits agricoles tropicaux comme la banane (Equateur) ou le café (Amérique centrale, Pérou) ou fourragers comme le soja (Argentine, Brésil, Pérou, Paraguay). La croissance des volumes exportés est le principal levier de l'augmentation de la valeur des exportations de ces produits à faible valeur ajoutée. Ainsi, même si, en valeur, les exportations latino-américaines ne représentaient à la fin des années 1990 que près de 5% du commerce mondial, les volumes physiques des exportations ont augmenté de près 245% entre 1980 et 1995 [18].

Aucun indice ne mesure la quantité de ressources naturelles consommées, transformées, détruites ou déplacées pour arriver à ce niveau de production. Sols dépouillés de nutriments et érodés, nappes phréatiques asséchées, pollutions chimiques, forêts primaires et mangroves détruites, plaines et villages inondés par les grands barrages... sont autant d'« intérêts » supplémentaires non comptabilisés dans les remboursements de la dette extérieure.

« La nature ne croit pas au rythme de 5% par an... » [19]

Le rythme de production imposé par le besoin de générer des devises conduit à l'épuisement progressif des ressources naturelles et à l'extension continue des « frontières » (pétrolière, gazière, minière, agricole...) sur des superficies de plus en plus vastes des territoires nationaux en augmentant d'autant les dommages souvent non réparables pour les écosystèmes, sans même évoquer ici les conséquences sociales d'un tel modèle de « développement ».

Ainsi, de nombreuses voix qui s'élèvent contre l'injustice de la dette exterieure, celles des organisations militantes, d'universitaires, de juristes internationaux et de certains hommes politiques [20], opposent à la dette extérieure des pays du Sud la « dette écologique » accumulée par leurs créanciers. Bien qu'elle soit difficilement quantifiable en termes monétaires, l'objectif de sa formalisation est avant tout de générer une prise de conscience du véritable prix de la dette extérieure, incluant ses coûts sociaux et environnementaux non comptabilisés, réalités d'un colonialisme économique sans scrupules.


Notes et bibliographie

[1] Jacobo Schatan, "Deuda externa y neoliberalismo: el saqueo de América Latina", Fundación CENDA, Centro de Estudios Nacionales de Desarrollo Alternativo, Santiago de Chile, 1999. En 2002, la dette des pays latino-américains a atteint 789 398 milliards de dollars.

[2] En deux siècles, les économies d'Amérique latine ont été frappées par quatre crises de la dette : de 1826 jusqu'à la moitié du XIXe siècle, de 1876 jusqu'au début du XXe siècle, de 1931 jusqu'à la fin des années 1940. La quatrième, qui éclate en 1982 est toujours en cours. Lire Eric Toussaint, « De crise en crise », le Monde diplomatique, février 2002

[3] 58 % des créanciers des pays 'en développement sont des banques, 22 % des institutions multilatérales et 20 % d'autres Etats. « A qui profite la dette ? », Les renseignements généraux, octobre 2006

[4] Ainsi que des dépôts en dollars réalisés en Europe par les Soviétiques et les Chinois à Londres qui contribuent à augmenter la masse de dollars circulant à l'étranger. Voir Gary Burn, « La naissance des eurodollars », Alternatives Economiques N°182, juin 2000

[5] Pour l'étatisation de la dette argentine, voir le film de Fernando Solanas « Memoria del saqueo » (2004)

[6] Sur les crédits d'exportations, voir Eurodad

[7] Les Etats-Unis sont le principal actionnaire de la BM en en possèdent 17% des droits de vote

[8] Voir Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM), « La dette du Tiers Monde ?»

[9] Voir: SEDNA, "La deuda externa argentina"

[10] CADTM, op.cit.

[11] Due notamment à la baisse de la demande des pays occidentaux, en crise, et à l'augmentation de la productivité dans les pays du Sud (obtenue notamment grâce à la dette !) qui entraîne une situation de surproduction.

[12]Expression créée par l'économiste John Williamson pour résumer les mesures standard « recommandées » par les IFI sises à Washington DC aux économies en difficulté, notamment celles d'Amérique latine.

[13] Lire Sebastian Santander, « Aux origines de la globalisation ». Dans : sous la direction de Firouzeh Nahavandi, Globalisation et néolibéralisme dans le Tiers-monde. Institut de sociologie ULB. L'Harmattan, Paris, 2000.

[14] Voir notamment le démentiellement des industries argentines par les gouvernements de Alfonsin (vente de YPF), puis de Menem : « Mermoria del saqueo », op.cit.

[15] Même si certaines zones, comme celle de Sao Paulo au Brésil, échappent à cette tendance et exportent des produits industriels, d'autres zones encore - comme le Nord du Mexique produisent des biens intermédiaires

[16] Les cas particuliers sont notamment le Mexique (grand exportateurs de biens intermédiaires en direction des Etats-Unis, mais aussi exportateur de pétrole), le Panama (qui développe une industrie de services autour du Canal de Panama) et le Costa Rica (très dépendante du tourisme)

[17] La croissance chilienne est tirée par les prix élevés du cuivre (35% de ses exportations). Lire Rayen Quiroga, ed., "El Tigre sin Selva. Consecuencias Ambientales de la Transformación Económica de Chile", 1974-93, Instituto de Ecología Política, Santiago de Chile, 1994. Le Brésil est un important exportateur de produits agricoles.

[18] La faible part des exportations latino-américaines dans le commerce mondial s'explique notamment par la forte croissance des exportations asiatiques. Lire Joan Martinez Alier, "Deuda ecológica y deuda externa", encuentro La Deuda Externa y el Final del Milenio, 1997, Caracas

[19] Joan Martinez Alier, op.cit.

[20] CADTM, Quien debe a quien, entre autres; Lire notamment Joan Martinez Alier, op. cit, et Alberto Acosta "La increíble y triste historia de América Latina y su perversa deuda externa (II)", La Insignia. Ecuador, diciembre del 2002; Voir la proposition de l'Equateur pour le parc naturel de Yasuni

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